Chamonix: Sur le toit de l'Europe
Récit de voyage, par Benjamin Viant (Magazine Découvertes)
Publié le 03 mars 2013  
Photos Benjamin Viant  
   

Après plus de 15 heures de voyage à partir de Montréal, en passant par Paris, on arrive enfin aux portes de l’une des plus célèbres vallées glaciaires et du troisième site naturel le plus visité au monde! Chaque année, le site du Mont Blanc accueille des milliers de voyageurs. Son exceptionnelle situation géographique, au croisement de la Suisse et de l’Italie, incite à la découverte de celle qu’on appelle «Cham», la ville cosmopolite par excellence. 

Nous n’avons que trois jours devant nous et tant de choses à explorer. La vallée de Chamonix compte à elle seule 38000m de dénivelé, avec des zones hors-pistes plus extraordinaires les unes que les autres. De plus, 85% du domaine skiable est situé au-dessus de 2000m: de quoi faire pâlir d’envie un bon nombre de destinations ski!

 Ce qui frappe par-dessus tout, c’est cette énergie et ce même esprit que partagent les passionnés de montagne, alpinistes, guides ou skieurs. Il y en a ici pour tous les niveaux et pour tous les goûts, tant le terrain de jeu est immense et les possibilités presque infinies. 

Photo Benjamin Viant

Direction l’Hôtel des Grands-Montets, situé au pied des remontées dans le village d’Argentière (commune de Chamonix). Dans un décor rustique et enchanteur, l’accueil est chaleureux et convivial, la nourriture excellente. Demain, nous allons faire l’excursion que nous espérons depuis si longtemps, la Vallée Blanche! En attendant, nous partons à la rencontre de notre premier glacier, les Grands-Montets. Les premiers virages à plus de 3000m plantent le décor: d’autres magnifiques instants riches en émotions se profilent à l’horizon.

Photo Benjamin Viant

Le jour tant attendu arrive enfin. Rejoints par Nicolas, notre guide professionnel de haute montagne, nous nous dirigeons vers le téléphérique de l’Aiguille du Midi, l’un des plus hauts au monde, qui nous mène en moins de 20 minutes à 3800m d’altitude, point de départ de la mythique Vallée Blanche.

Photo Benjamin Viant

La vue sur les principaux sommets de plus de 4000m français, italiens et suisses – dont les Grandes Jorasses, le Dôme du Goûter et bien sûr le Mont Blanc – y est absolument somptueuse. Il ne nous reste qu’à traverser les longs couloirs froids et humides (creusés à même la roche) de l’Aiguille du Midi, la plus haute des aiguilles de Chamonix (elle abrite aussi le plus haut centre d’émission hertzien de France), en prenant bien soin de vérifier que notre ARVA* fonctionne grâce à un détecteur prévu à cet effet, et nous y sommes…

 À nos pieds, la célèbre arête qu’il faut descendre pour rejoindre le départ. Un avertissement clair marque le début de l’expédition: «Skieurs, attention! Itinéraire de haute montagne. Non entretenu, non balisé, non sécurisé, non surveillé. Vous vous engagez sous votre propre responsabilité!»

Hélas, le temps se dégrade rapidement, une tempête s’installe, les conditions deviennent très difficiles: un déferlement de neige fine, aussi dure que de la glace, vient littéralement s’écraser sur nous.

Photo Benjamin Viant

Skis sur le dos, encordés tant le passage peut être étroit et dangereux, crampons attachés à nos bottes, nous avançons péniblement sur une centaine de mètres. Le vent glacial (-40°C) souffle à plus de 80km/h, nous devons faire demi-tour. L’oxygène se fait de plus en plus rare, chaque pas est de plus en plus difficile, l’effet de l’altitude et de «l’encaissement» de 2000m de dénivelés positifs en quelques minutes se fait sentir. La remontée sera longue et douloureuse.

Heureux d’avoir tenté l’expérience, mais déçus et non rassasiés, nous aurons néanmoins le privilège de skier à mi-hauteur, entre l’Aiguille du Midi et Chamonix, dans des conditions nettement plus favorables. Nous n’avons pourtant qu’une seule idée en tête, pouvoir enfin effectuer «LA» descente avant notre départ.

Un itinéraire de légende
Après une belle soirée à déambuler dans la ville pour s’imprégner de la vie locale, accompagnés de notre guide, un repas typique et une bonne nuit de sommeil, la météo quelque peu capricieuse reste notre seule préoccupation.

Photo Benjamin Viant

Le lendemain, un grand ciel bleu est présent, mais des nuages recouvrent encore les pics enneigés. Après quelques minutes d’attente au sommet de l’Aiguille du Midi, une fenêtre météo nous ouvre les portes: tout est blanc, immense et majestueux. La magie opère!

Les nuages laissent place au soleil et à ce que la nature a de plus beau à offrir. Tout est grand, silencieux. Un sentiment de joie et de plaisir intense nous envahit. La quiétude de l’endroit nous laisse sans voix! 

Commence alors une aventure à ski de 23km sur 2000m de dénivelé: véritable voyage au cœur des glaciers, des séracs** et des crevasses bleutées, au pied des sommets les plus spectaculaires du massif du Mont Blanc. Cet itinéraire de haute montagne, sur neige éternelle, permet de très nombreuses variantes offrant toutes les gammes de difficultés. Le début est accessible, mais laisse rapidement la place lors du passage des séracs du Géant à une pratique beaucoup plus technique: avoir un bon niveau de ski et savoir évoluer sur tout type de neige sont des prérequis incontournables.

Avec un panorama grandiose sur le Mont Blanc, les Drus, l’aiguille Verte, les aiguilles de Chamonix, nous effectuerons un arrêt incontournable au refuge du Requin, le seul à mi-parcours. La halte est malheureusement marquée par les allers et retours en hélicoptère de la Sécurité Civile qui tente de repérer des alpinistes en difficulté. Trop de morts sont encore à déplorer chaque année dans ce secteur.  

À la rencontre du rail

Photo Benjamin Viant

Nous entamons la phase finale de notre périple. Direction la Mer de Glace, pour une longue traversée majestueuse sur le 3e plus important glacier des Alpes – 7km de long et environ 200m d’épaisseur. 

Selon l’enneigement, la descente peut se faire jusqu’à Chamonix ou jusqu’au Montenvers; le climat particulièrement doux à cette période de l’année ne nous permettra pas de redescendre à ski jusqu’en bas. Skis sur le dos, nous remontons alors du glacier, d’abord à pied sur un long escalier métallique puis en télécabine jusqu’à la gare du Montenvers. Superbe point de vue sur la Mer de Glace.

À bord du petit train à crémaillère qui mène à Chamonix en serpentant la paroi abrupte pendant un peu plus de 5km (en partie couverte afin de franchir les couloirs d’avalanche), nous nous estimerons heureux d’avoir fait une telle découverte qui surpasse, de loin, toutes nos espérances.

Un rêve devenu l’inoubliable réalité. À vous de créer votre propre légende…

 * Appareil de recherche de victimes d’avalanche.
** Formation de blocs de glace suite à la fragmentation d’un glacier.

Liens utiles

www.compagniedumontblanc.fr
www.chamonix.com
www.hotel-grands-montets.com/fr

Article paru dans le Magazine Découvertes - volume 8 - www.decouvertesmag.com

 

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